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Karfa TRAORE dit Théophane (94 ans) : « C’est avec mon Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires que je fus commissaire de police en 1984 »

lundi 24 juillet 2017

Karfa TRAORE dit Théophane est le fils de Kaba et de Hawè COULIBALY. A l’état civil il est né en 1932 à Solenzo mais selon ses dires il aurait vu le jour en 1924. Marié avec Kabou Coulibaly dite Blandine fille de Nado et de Mifia Coulibaly âgée aujourd’hui de 81 ans mais qui dit en avoir plus. Ce couple a eu comme progéniture 9 enfants, 28 petits-fils garçons et filles confondus. Désiré Traoré, actuel député-maire de la commune urbaine de Solenzo dans les Banwa fait partie des 9 enfants. A bien regarder ce couple, en dépit de leur âge avancé, ces deux quadragénaires se vouent encore un amour et un respect mutuel comme si c’était aux premiers jours.

Karfa TRAORE dit Théophane (94 ans) : « C’est avec mon Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires que je fus commissaire de police en 1984 »

Mince, taille élancée dans son manteau, un képi sur la tête avec sa canne en main, Karfa dit Théophane Traoré se rend toujours à l’église à pied. Il y a deux années de cela, il ramenait toujours du fagot de la brousse sur son vélo. Pour certains, il vendait ce bois mais il a vite démenti que c’était pour les petits besoins de la famille et il le faisait par plaisir. Aujourd’hui avec une vision réduite et un physique diminué il a dû abandonner cette activité pour se contenter de ses marches quotidiennes. Sur le secret de leur longévité, ce couple est catégorique : une alimentation faite de tô et de sauce de feuilles sans les ingrédients modernes.

Pour le vieux Karfa Théophane, la patience serait la qualité première pour préserver l’unité et l’entente dans un couple. Une qualité que lui et Kabou Blandine ont inculquée à leurs enfants avec rigueur, toute chose qui les rend fiers de leur progéniture. Pour ce qui est de Désiré Traoré le député-maire de Solenzo, les deux parents le trouvent véridique, honnête et courageux car il n’hésite pas à dire ce qu’il pense à autrui. Et cela est en lui depuis sa naissance. Malgré tout, ils gardent une modestie impressionnante et ne se laissent pas emporter par les titres de leurs fils. Au contraire, ils se disent souvent gênés de s’entendre appeler parents d’un député-maire. C’est certainement cette modestie qui a amené le vieux à ses derniers vœux : « Je souhaite une mort tranquille à domicile avec des obsèques sans beaucoup de tapages ».

D’ailleurs à sa récente maladie, il a été obligé par ses enfants de se rendre au centre de santé. En sa compagnie on se rend compte que c’est un sage qui n’est pas attaché au luxe comme l’auraient voulu certains de son rang. Son décor est une maison en briques de latérite, des chaises en bambou, quelques poulaillers pour son passe-temps. Sur le plan professionnel : ‘’J’ai commencé l’école en 1948 et j’ai fini en 1954 mais c’était l’école catholique à Nouna’’. Muni du certificat d’études primaires en 1954, il a d’abord été moniteur catéchiste à Nouna. Quelque temps après, il est allé à Bobo-Dioulasso pour passer le concours des infirmiers mais son dossier était incomplet si bien qu’il n’a pas pu le faire. Après cet incident le jeune Karfa s’est retrouvé encore à Nouna pour l’apprentissage des métiers chez un père blanc : coffrage, maçonnerie, ferraille…

« Cela a été possible grâce à une demoiselle dont je ne me rappelle plus le nom ». En 1957 j’ai quitté cet entrepreneur pour rejoindre un autre à Gaoua. Là-bas j’ai rencontré des gardes auxiliaires avec qui nous causions beaucoup. C’est ainsi que dans les échanges ils m’ont donné l’adresse de leur patron, le capitaine Bonga. Sur les conseils de nos camarades, nous lui avons adressé des demandes d’embauche. Dans le mois de mai 1958, nos demandes ont été accordées et nous avons été retenus comme gardes républicains. On nous appelait à l’époque la garde territoriale ». C’était le début d’une carrière professionnelle dans les rangs de l’armée voltaïque. Auréolés, ainsi de la tenue de garde territorial, Karfa et ses compagnons ont eu pour premières tâches confiées la construction de bâtiments administratifs puisque leur hiérarchie savait qu’ils avaient des notions en la matière.

C’est dans ces activités de construction que le jeune Karfa fut remarqué pétri d’un bagage intellectuel au-dessus des autres. Ainsi « ils m’ont envoyé dans un camp pour une formation militaire avec un retard de deux semaines ; mais j’ai pu m’en sortir. A mon retour de cette formation, j’ai quitté la construction pour le matériel où j’étais le responsable. C’est là-bas que j’ai eu quelques problèmes. Le ministre Daouda à l’époque avait un œil sur nous. Les camarades n’étaient pas contents de nos conditions de travail. Alors, nous avons organisé une rencontre pour rédiger une longue lettre dont chacun devait avoir une copie. Dans cette lettre nous demandions l’octroi de certaines indemnités dont l’indemnité de vélo qui s’élevait à près de 1.700 francs. Mais il y avait des traitres parmi nous. Le chef de corps a soutiré nuitamment une copie de la lettre pour la présenter au commandant de compagnie qui devait rentrer à 23 heures. Il l’a attendu pour lui montrer ce que la troupe voulait à travers la lettre ».

Cette situation a été durement vécue par les jeunes gardes. Karfa et certains de ses compagnons ont même fait quelques jours de prison où ils ont été torturés pour faire des aveux. Selon notre interlocuteur, cette crise a duré quelques mois et les a beaucoup secoués mais la situation s’était calmée après et la vie avait repris normalement. Quelques années après, à la révolution d’août 1983, Karfa fut reversé dans le corps de la police où après un bref passage au commissariat central de Ouagadougou, il termine sa carrière comme commissaire de police à Boudri de 1984 à 1985,année de sa retraite.

Depuis 1988, le vieux Karfa est à Solenzo et vit paisiblement sa retraite avec une pension mensuelle de 77.770 francs. Comparant l’époque d’avant à celle d’aujourd’hui, il reste perplexe. Il ne sait pas quel moment choisir. Se prononçant sur les querelles intestines entre les fils et filles de Solenzo, il dit ceci : « Ce n’est pas parce que je suis le père du maire mais je demande aux gens de se retrouver sous un arbre à palabre pour discuter, s’écouter, se parler franchement et se pardonner pour en finir avec ces mesquineries qui freinent le développement de Solenzo ». C’est pourquoi les qualités qu’il attend d’une personne sont la franchise, l’honnêteté, le pardon, le respect. Du haut de ses 90 ans, le vieux Théophane est une personne ressource dans la ville et même à l’église où il est le président du mouvement de la Vie Montante composé des sages. Il dit être régulièrement consulté par les prêtes pour des questions diverses.

David Demaison NEBIE
Lefaso.net

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