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« Le développement, c’est comme le soleil, on ne peut pas le cacher avec la main », exalte le maire de Toma, Malik Garané

jeudi 27 juillet 2017

Sur initiative de son exécutif, la commune de Toma a sonné la mobilisation de ses filles et fils résidant à Ouagadougou et environnants. Au cœur de cet appel du 22 juillet 2017 : les défis et les stratégies de développement de la commune. « Coup d’essai, coup de maître », de l’avis de nombreux participants à ce cadre qui a fait le plein de ressortissants de la salle de conférences du Conseil burkinabè des chargeurs. Maire de cette commune urbaine (chef-lieu de la province du Nayala, dans la région de la Boucle du Mouhoun), Malik Garané revient, via cet entretien, sur les contours de cette rencontre studieuse. Occasion également pour le bourgmestre de revenir sur la vision de son équipe pour la circonscription avant d’exhorter l’ensemble des ressortissants de la localité à un sursaut pour une cause : le développement local !

« Le développement, c’est comme le soleil, on ne peut pas le cacher avec la main », exalte le maire de Toma, Malik Garané

Lefaso.net : A quoi répond une telle initiative de mobilisation des ressortissants de la commune ?

Malik Garané : Nous sommes dans un contexte de décentralisation, qui implique qu’il faut faire du développement local. Et qui parle de développement local dit mobilisation des ressources locales d’abord ; tant sur le plan matériel, humain que financier. En termes de ressources, le constat est que la commune de Toma regorge d’énormes ressources humaines qui, si elles arrivent à fédérer les énergies, peuvent poser des actions très concrètes en faveur du développement local. C’est pourquoi, nous avons estimé qu’il était nécessaire de regrouper et échanger avec les filles et fils ressortissants de la commune et, partant, partager avec eux notre vision de développement de la commune. Ce, pour qu’ils puissent aussi nous conseiller, partager leurs préoccupations et donner leurs contributions afin que, main dans la main, nous puissions œuvrer au développement de la commune.

Lefaso.net : De façon concrète, quels ont été les aspects abordés au cours de ces échanges ?

Malik Garané : Nous avons d’abord procédé à la présentation de la commune ; beaucoup sont à Ouagadougou, ils connaissent la commune, mais pas évident que ce soit dans ses moindres détails. Donc, c’était important d’y revenir pour leur présenter les potentialités, mais également les contraintes de développement auxquels nous faisons face. Dans cette partie présentation de la commune, nous avons abordé également le Schéma Directeur d’Aménagement Urbain (SDAU) de la ville d Toma qui n’est pas encore adopté. Ensuite, nous avons abordé les formes de contributions possibles de ressortissants d’une collectivité au développement de ladite collectivité. A ce niveau, on a fait un zoom sur le financement des actions d’accès à l’eau potable et à l’assainissement à travers notamment un partage d’expériences de communes sœurs (commune de Pâ), qui sont un peu avancées sur ces questions. L’appui de la GIZ (Coopération allemande, ndlr) à la commune en matière d’accès à l’eau potable et à l’assainissement a été abordé en détail. Enfin, nous avons présenté aux ressortissants, une short-liste de projets que nous jugeons prioritaires pour le développement de la commune.

Lefaso.net : Que peut-on retenir comme propositions faites par les participants à ce cadre ?

Malik Garané : Il faut d’abord observer l’engouement autour de ce cadre ; ce constat s’impose, c’est le premier élément très positif qu’on retient. Comme vous l’avez constaté vous-même dans la salle, tous les intervenants ont apprécié cette initiative d’échanger avec les ressortissants sur la vie de la commune, les questions de développement, etc. Un autre point capital est qu’à l’unanimité, les gens admettent qu’il va falloir qu’ils contribuent au développement de la commune, abandonner les thèses libres pour aller à l‘action ; de quelle que manière que ce soit. Tous sont donc prêts à apporter leur pierre à l’édification de la commune. Un autre aspect soulevé est qu’on est unanime qu’il faut aller au développement, mais avec la manière, de la méthode ; c’est en cela qu’il est ressorti qu’on doit encore approfondir l’analyse de certains de nos projets pour qu’ils soient plus faisable afin de bénéficier de financements pour leur mise en œuvre.

Lefaso.net : A ce jour, quels sont les principaux projets que le Conseil municipal a sous la main et qui attendent d’être mis en œuvre ?

Malik Garané : Il y a plusieurs actions, qu’on peut appeler projets dans différents secteurs de développement de la commune. Quand on prend les questions liées à l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, nous avons des projets à ce niveau pour améliorer le taux d’accès à l’eau potable (il est d’environ 48% à ce jour). Dans le sous-secteur de l’assainissement, il nous faut plus travailler et nous envisageons de la réalisation d’une station des boues de vidange et un centre de tri et d’enfouissement des déchets au niveau de la ville de Toma. Il y a aussi un projet de réalisation de 5 000 latrines dans tous les villages de la commune. Dans le secteur de la santé, nous avons sous la main, le projet de construction du CSPS de Kolan qui va soulager au moins six villages. Pour dynamiser l’économie locale, nous avons aussi comme projet d’achever et viabiliser le marché de Toma et aménager ceux de Zouma et de Konti. La commune de Toma est la seule commune urbaine du Burkina (si je ne me trompe) qui n’a pas une seule station radio, alors que c’est un puissant outil de développement. A ce niveau, nous avons sous la main, un projet de mise en place d’une radio communale. Nous avons introduit une demande au CSC (Conseil supérieur de la communication) pour cela.

Lefaso.net : Une année après l’entrée en fonction de votre équipe, quelles sont les actions qu’on peut mettre à son actif ?

Malik Garané : Vous avez bien que le développement se fait par des hommes. L’action communale doit être conduite par un personnel bien formé. Malheureusement, quand nous prenions les commandes, le constat à ce niveau était un peu mitigé. Donc, l’élément premier auquel nous nous sommes attaqués, c’est celui d’asseoir une administration communale. Nous avons donc procédé au recrutement à certains niveaux pour essayer de voir comment on devrait mobiliser davantage de recettes pour la commune. Pour cela, nous avons fait des réorganisations au niveau de civil, du service de panification…, etc. On s’est donc attelé à la réorganisation des services de l’administration communale pour la rendre plus moderne et plus efficace.

Il y a la dimension capital humain (eau, assainissement, santé, éducation, etc.), à ce niveau, on peut noter la réalisation de dépôt MEG (Médicaments Essentiels Génériques), l’équipement des CSPS (Centre de santé et de promotion sociale), la dotation du CSPS en consommables, la dotation en fournitures des CEB (circonscription de l’enseignement de base), l’équipement de classes en tables-bancs, la réalisation d’écoles primaires et CEG (Collèges d’enseignement général), etc., avec l’accompagnement de l’Etat et les ressources propres de la commune. Quand on prend les questions liées à l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, en collaboration avec nos partenaires, nous avons pu réaliser cinq forages et huit forages réhabilités au niveau des villages. Pour le volet assainissement, nous sommes restés sur le soft à travers l’élaboration d’une stratégie IEC (Information, Education et Communication), l’élaboration du Plan Stratégique de Gestion des Ordures Ménagères et Assimilés (PSGOM) de la ville de Toma, la réalisation d’une étude sur les modes de gestion des boues de vidange, l’identification des vidangeurs manuels, etc.

Au niveau des infrastructures marchandes, il y a un travail qui est en train d’être fait pour doter la commune d’infrastructures, et dans ce sens-là, il y a la réalisation de boutiques dans certains marchés de village (notamment à Zouma où le marché est en cours d’aménagement) et à Toma ; le marché de Toma qui sera construit avec l’appui du ministère du commerce et qui va abriter, en principe, en fin 2017 ou début 2018, la foire régionale agro-sylvo-pastorale et artisanale. Aussi, un nouvel abattoir a été réalisé au niveau de Toma.

Lefaso.net : On retient que lors de votre investiture, il a été annoncé (par un membre du gouvernement) le démarrage du bitumage de la route Didyr-Toma-Tougan, mais jusque-là les choses semblent piétiner et les voix s’élèvent de plus en plus pour exprimer l’impatience des populations de la zone. Cette situation n’est-elle pas une épine au pied dans vos efforts sur le terrain ?

Malik Garané : Nous communiquons beaucoup sur le terrain avec les populations, raison pour laquelle jusque-là, il y a une accalmie sur cette question de la route. C’est vrai, le lancement est intervenu le 15 décembre 2016, mais comme ça a été déjà expliqué ; un marché public, ce sont des procédures, il y a des étapes de maturité (recrutement du bureau de contrôle, il faut attendre les avis de non objection du bailleur de Fonds, les ordres des services, etc.). Toute cette démarche a pris du temps, et je crois que c’est en juin que véritablement les ordres de service ont été envoyés aux entreprises pour démarrer les travaux. Donc, le délai de quinze mois court à partir de la date à laquelle les ordres de service ont été envoyés aux entreprises ; il n’y aura pas de problème en termes de qualité, parce que certains frères et sœurs estiment que les entreprises vont bâcler le travail pour être dans les délais contractuels. Seulement, pour le commun des mortels, on ne sait pas que dans ce type de marché, il y a des étapes à franchir et qu’il peut avoir des blocages dus aux procédures du bailleur de Fonds, etc. Qu’à cela ne tienne, au niveau de la commune, avec la communication que nous maintenons avec les populations, il n’y a pas de problème. Et le cadre qui a été animé aujourd’hui a été aussi une opportunité pour permettre aux acteurs que nous sommes, de partager toutes ces informations avec les ressortissants pour que chacun puisse avoir une idée claire de comment ce projet de bitumage est en train de se conduire sur le terrain.

Lefaso.net : En tant que premier administrateur de la commune, quel est l’élément dont vous êtes le plus fier dans votre circonscription ?

Malik Garané : C’est l’implication de toutes les filles et de tous les fils de la commune, quel que soit le bord politique et quelles que soient les divergences de vues. Ça, c’est aujourd’hui une réalité. Ce qui n’était pas évident (ce n’est pas moi qui le dis, c’est ressorti des échanges dans la salle). Le développement passe par ça ; le développement il est multi-acteurs (chacun doit apporter sa contribution). Et pour que cela soit une réalité, il faut créer le cadre. Sinon, on va assister à une sorte d’action-réaction où les choses se neutralisent (comme un pas devant, un pas derrière et on est à la case départ). Voilà pourquoi, dans notre schéma, on a jugé nécessaire de travailler d’abord à installer ce cadre… ; le reste viendra tout de suite. Il ne faut exclure personne du processus, même ceux qui se mettent en marge, il faut trouver le moyen de les intéresser.

Lefaso.net : Et si la possibilité vous étiez donné de changer, ici et maintenant, un élément dans votre commune, ce serait lequel ?

Malik Garané : Comme ça a été dit dans la salle tout de suite, aujourd’hui, l’hôtel de ville de Toma ne fait pas plaisir. Depuis 2011, cet hôtel de ville est en construction, il n’est pas achevé ; ce n’est pas digne d’une commune urbaine comme Toma, çà fait même honte. Si j’avais la possibilité, depuis que j’ai pris fonction l’année dernière, j’allais terminer totalement l’infrastructure et rendre, un tant soit peu, fière la population. Il faut rendre confiante la population ; c’est le lieu où tout le monde se retrouve (la vie des administrés, l’état civil, les plans de développement de la commune, etc., tout y est). Si l’hôtel de ville est donc un exemple, ça fait plaisir et ça fédère.

Lefaso.net : Qui parle « décentralisation intégrale » comme mode de gouvernance parle également « coopération décentralisée ». Si vous devriez ‘’vendre’’ la commune de Toma à des partenaires, des investisseurs, que pourriez-vous mettre en exergue comme potentialités ?

Malik Garané : Toma est une ville culturelle, une ville de service. Et quand on dit culture, elle est très vaste. Prenons par exemple la lutte traditionnelle, c’est un élément qui se vend très bien. Quand vous prenez les flutes, les masques…, ce sont des éléments de la culture qui se vendent très bien. Donc, en termes de coopération décentralisée, ce sont des aspects sur lesquels on peut s’appuyer pour établir des partenariats avec d’autres communes ; qu’elles soient du sud ou du nord. Sans aussi oublier que c’est une zone à fortes potentialités agricoles.

Lefaso.net : Vous faites partie des maires les plus jeunes du Burkina, de votre expérience, comment jugez-vous l’ambiance au sein de votre exécutif municipal ?

Malik Garané : Les conseils municipaux sont un cadre idéal de ce qu’on peut appeler le couplage entre l’acteur et le système. Chacun a sa particularité. Au conseil municipal, chacun y vient avec ce qu’il recherche. On ne peut pas empêcher quelqu’un de voir les choses ainsi. Maintenant, il appartient au maire, en tant que premier responsable, d’identifier et de pouvoir imprimer une sorte de leadership qui lui permet de fédérer les énergies, canaliser l’action des acteurs au sein du Conseil municipal. Il faut arriver, dans le système de management, à pouvoir faire des concessions ; de sorte qu’on ne perde pas de vue l’essentiel. L’essentiel, c’est d’abord la commune ; nos intérêts sont secondaires. Sinon, les Conseils municipaux, ce n’est pas simple, c’est un melting-pot avec des divergences de vues et d’intérêts. Dans tout cela, il faut arriver à trouver les moyens de mobiliser les regards de tous vers le développement.

Lefaso.net : En guise de conclusion !

Malik Garané : C’est toujours l’interpellation de l’ensemble des filles et fils autour des actions de développement. Le développement, ça ne ment pas ; c’est comme le soleil, on ne peut pas le cacher avec la main. Et les choix qu’on fait aujourd’hui en matière de gouvernance, vont toujours impacter la vie d’aujourd’hui et de demain. De ce point de vue, c’est de toujours inviter les ressortissants à faire le bon choix ; et le bon choix, c’est l’entente autour des actions de développement. Ce, au-delà des questions politiques, des considérations d’intérêts personnels. C’est cela le débat de fond, le reste est secondaire. C’est la commune d’abord qu’il faut voir. Je pense que si tout le monde arrive à voir et à admettre les choses de cette façon, ça va aller. Quand viendra le moment de faire la politique, les gens iront faire leur politique. Sur le champ du développement, que la politique soit un peu en marge (bien que la vie elle-même a toujours une dimension politique) ; il faut savoir à quel moment marcher politique et à quel moment prôner développement.

Oumar L. OUEDRAOGO
(oumarpro226@gmail.com)
Lefaso.net

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