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Couvre-feu à Dédougou : Une nuit de patrouille avec les policiers du commissariat central

LEFASO.NET

mercredi 1er avril 2020

Le président du Faso a instauré un couvre-feu depuis le 21 mars 2020 sur toute l’étendue du territoire national, en vue de contrer la propagation du Covid-19. Au dixième jour de l’application de cette mesure, nous avons suivi, dans la nuit du 31 mars 2020, une patrouille des Forces de défense et de sécurité pour voir si le couvre-feu est respecté dans la cité de Bankuy.

Couvre-feu à Dédougou : Une nuit de patrouille avec les policiers du commissariat central

Il est 18h20 minutes. A dix minutes de l’heure de notre rendez-vous avec les Forces de défense et de sécurité (FDS), nous arrivons au commissariat central de police de la ville Dédougou. Après une brève présentation, nous sommes autorisés, avec d’autres confrères, à entrer dans la cour. Nous sommes à une demi-heure environ de l’entrée en vigueur du couvre-feu fixée à 19h00 chaque soir.

Le chef de la délégation, monsieur Sougué, est reçu dans le bureau du commissaire pour les modalités et les consignes de la patrouille. Nous attendons les indications dans cette cour pas assez éclairée, à notre goût. Une situation due certainement au manque de lampes, mais peut-être pour des besoins de sécurité des lieux. Nous n’en saurons pas ce qu’il en est réellement.

18 heures 35 minutes. La troupe dirigée par le lieutenant de police Aristide Zombré se prépare activement. Les informations sont précises et concises. Sans tergiverser, il a rappelé ceci à ses éléments : « Comme d’habitude, nous sortirons pour sécuriser la ville et veiller au respect du couvre-feu, et cela jusqu’à 5h. Nous interpellerons les citoyens qui ne respectent pas la mesure. Les seuls documents autorisés après l’heure du couvre-feu sont les laissez-passer délivrés à certains citoyens comme les journalistes, les agents de santé, les travailleurs de l’ONEA, etc. ».

Il a ensuite lancé avant l’embarquement : « Je compte sur votre professionnaliste ». Comme pour dire que la patrouille n’a pas pour mission de violenter les contrevenants, mais de les sensibiliser et les traduire devant les autorités compétentes en la matière.

Une douzaine d’hommes embarquent dans deux cargos avec les hommes de médias à bord, et la patrouille peut s’élancer.

Nous sommes à cinq minutes de 19h. Le cortège tombe nez-à-nez avec trois jeunes hommes sur leurs bicyclettes. Sommés de se présenter, deux d’entre eux prennent la fuite, laissant leur camarade seul face aux hommes en armes. Le premier responsable de la patrouille opta pour la sensibilisation en proposant le gel hydroalcoolique pour la désinfection des mains. Le jeune Sébastien Gosso Boro se présente à nous comme un grilleur de poulets. Sur insistance des policiers, il avoue qu’il est élève au lycée provincial de Dédougou. L’équipe le laisse continuer, car il reste cinq minutes avant l’entrée en vigueur du couvre-feu.

« Pourquoi n’avez-vous pas respecté la mesure ? »

Il est 19h00, quand nous passons devant la cathédrale de Dédougou. Stationnement ordonné à la Place « Melon gare », un point chaud de la ville de Dédougou en temps ordinaire. Là, la rue s’est complètement vidée de son monde habituel. Juste quelques badauds observaient de loin le cortège des trois véhicules de la patrouille.

Un peu plus tard, nous sommes à l’entrée du grand marché. Un tricycle et ses occupants sont pris au piège. « Il est l’heure du couvre-feu, pourquoi n’avez-vous pas respecté la mesure ? », enchaîna le lieutenant Aristide Zombré. Point d’explications pour le commerçant, Noufou Kombelemsigri, et ses deux compagnons. La rigueur du décret présidentiel s’applique et les trois jeunes sans bavettes de protection sont conduits au commissariat de police à bord d’un des véhicules. A quelques mètres de là, d’autres infortunés sur trois motocyclettes sont interceptés. Il est 19 heures passées de douze minutes.

Une dame, Djénéba Ouangré, justifie sa présence dehors avec une ordonnance médicale qu’elle doit honorer au profit d’une parturiente actuellement au Centre hospitalier régional de Dédougou. Deux autres dames portant des masques de protection avec leurs marchandises - des commerçantes visiblement - tentaient de rejoindre leur domicile le plutôt possible, mais la quantité de marchandises à ranger ne leur a pas permis de quitter le marché 30 minutes plus tôt comme d’habitude. Ces braves dames sont alors sommées de rentrer directement chez elles.

19 heures et quart, un jeune homme croise la patrouille. Après les présentations, il s’avère que c’est un pandore. En tenue civile, il explique être sorti pour des questions sanitaires de la femme d’un de ses collègues en détachement. Après des salutations, il poursuivit son chemin sans être inquiété.

19h24, nous sommes au Rond-point de la femme de Dédougou, un autre lieu de la ville d’ordinaire animé. Là, un véhicule est soumis au contrôle. Les occupants, au nombre de trois, sont aussi des paramilitaires. « Nous sommes des forestiers en mission dans le cadre d’un programme. Nous étions allés nous restaurer », expliqua le porte-parole. Il leur est intimé de veiller dorénavant à aménager leur programme pour ne pas enfreindre les règles du couvre-feu.

Vers 19h30, la patrouille tombe sur un autre véhicule quittant le quartier « Lomé ». Nicodème Koéta, instituteur de profession, présente ses documents d’identité. Cela ne va pas empêcher la fouille par les FDS. La voiture est minutieusement fouillée de fond en comble par la patrouille. L’infraction semble consommée, car le chef de la troupe somme le conducteur de rejoindre le commissariat central pour la suite à donner à l’infraction. Pendant que des membres de la mission sont détachés pour conduire le sieur Koéta, la patrouille continua dans les quartiers non-lotis du secteur N°6.

Pas de civil en promenade ; le couvre est scrupuleusement respecté dans ce quartier. Il était presque 20h à notre montre. Nous traversons le secteur 6, en passant par le secteur 3 et longeant le secteur 2. Aucun contrevenant n’est intercepté. Les seuls engins rencontrés à chaque 500 mètres environ appartenaient aux autres corps militaires qui faisaient la patrouille motorisée, avec la cordelette pendant aux épaules.

Après plusieurs tours dans les mêmes artères réservées à la police, nous regagnons le commissariat central à 21h00, après une patrouille de deux heures d’horloge.

« La population de Dédougou est disciplinée »

Le débriefing est fait en présence des contrevenants retenus et des hommes de médias par le lieutenant de police Aristide Zombré.
Il a félicité ses hommes pour le travail partiel mené en compagnie des hommes de presse. « Nous avons parcouru les différents secteurs qui sont de notre ressort par rapport au zonage que nous avons fait avec les autres corps. Au bilan, tout s’est bien passé. On est même rentrés dans les quartiers non-lotis et on a vu que le couvre-feu est respecté, hormis les premiers moments entre 19h et 20h », a-t-il résumé.

Il a poursuivi son bilan en disant : « Ceux-là qui ont été interpellés, nous allons les confier à la police judiciaire pour la suite de la procédure ».

Au bilan, les contrevenants retenus au poste de police, au nombre de quatre, ont affirmé qu’ils n’ont subi aucune violence depuis leur arrivée au commissariat. L’appréciation globale faite par le lieutenant de police vis-à-vis du comportement de la population est la suivante : « La population de Dédougou est disciplinée. La plupart des individus interceptés depuis le début du couvre-feu sont des personnes en difficulté sorties pour raison de maladies ou d’ordonnance médicale. Jusqu’à présent, nous n’avons pas rencontré de grandes difficultés, tout se passe bien ».

« L’appel à lancer est d’inviter les populations à respecter les mesures édictées par le gouvernement en lutte contre le Covid-19. Nous invitons la population à se protéger en respectant le couvre-feu pour qu’ensemble, on vienne à bout du coronavirus qui est un mal mondial », a conclu le lieutenant Zombré.

D. LAWALI

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