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Saint-Sylvestre à Dédougou : « Les gens n’ont pas l’esprit à la fête cette année », clame une commerçante

Lefaso.net

samedi 31 décembre 2022

Nous sommes à quelques heures de l’année 2023 et les populations de la ville de Dédougou ne donnent pas l’impression d’être dans la dynamique de la fête. La vie chère, la pauvreté et l’insécurité semblent avoir eu raison de l’ambiance fiévreuse qui devrait être la chose la mieux partagée en ces moments annonçant la nouvelle année. C’est du moins, le constat réalisé au cours de notre tournée dans la ville le vendredi 30 décembre 2022.

Saint-Sylvestre à Dédougou : « Les gens n’ont pas l’esprit à la fête cette année », clame une commerçante

Il est exactement 10 heures ce vendredi 30 décembre 2022. Nous voilà à un point de vente de volaille de la ville de Dédougou. Aucun client sur les lieux, sauf des livreurs et des revendeurs de poulets et de pintades. Le temps de décliner l’objet de notre présence, un échange plus ou moins houleux éclate entre Adama Gamsonré et Noufou Sibalo. Le premier vient d’arriver du village de Torouba, situé à une cinquantaine de kilomètres de Dédougou, pour livrer des poulets au second, un revendeur.

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Jusqu’à la mi-journée du 30 décembre 2022, Noufou Sibalo n’a rien vendu de ses gallinacées

Après quelques minutes de discussion, le marché est conclu. Mais, Monsieur Gamsonré crie à l’achat à vil prix de ses gallinacées. Au même moment, Noufou Sibalo se plaint de la morosité du marché. « Depuis le matin, aucun client n’est passé ne serait-ce que pour me demander le prix de mes poulets ou pintades », s’est morfondu le sexagénaire.

Après une heure d’attente sur la place du marché, nous avons enregistré le passage de deux clients. Selon l’un d’eux, il n’est pas dans la dynamique de la fête par principe, mais ce dernier dit être venu acheter un poulet à 4 000 FCFA pour faire cadeau à un ami pour la circonstance. Quant à l’autre, « je n’ai pas l’esprit à la fête car les temps sont durs. Mais, ne serait-ce que pour les enfants, je suis venu prendre ce coq moyennant la somme de 4 250 FCFA », a-t-il souligné.

Tous se lamentent

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Cette année, le salon de coiffure de Clarisse Coulibaly accueille moins de clientes

Clarisse Coulibaly est coiffeuse à Dédougou. D’habitude à l’approche des fêtes de fin d’année, son salon accueille de nombreuses clientes. Cette année par contre, son insatisfaction est plus ou moins sensible. « Ça va, mais ce n’est pas arrivé. Les années passées, il y avait la clientèle par rapport à cette année », a-t-elle déclaré au sujet de son marché en ces temps de fêtes de fin d’année.

La grise mine se lit également chez les tenanciers de débits de boisson. A la cave Zerbo, l’un des plus importants débits de boisson de la ville de Dédougou, le bilan de l’année 2022 est présenté comme négatif. « En 2022, nous n’avons pas réalisé la moitié de notre chiffre d’affaires de l’année 2021. Cela n’a pas changé, même en ces temps de fêtes de fin d’année », a témoigné l’épouse du propriétaire de la cave.

Au grand marché de Dédougou, c’est une femme désemparée que nous avons trouvée assise au milieu de ses condiments. « Le marché ne marche même pas du tout. L’année dernière, à cinq jours de la date du 31 décembre, je ne pouvais pas avoir de temps pour m’asseoir. Cette année, c’est grave. Vous-même vous voyez, je suis assise depuis le matin », a laissé entendre cette jeune femme qui nous a refusé l’autorisation de l’identifier.

La vie chère, la pauvreté et l’insécurité indexées

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A l’instar de cette jeune Dame, les vendeuses de condiments au grand marché de Dédougou sont dans la poisse.

A en croire les témoignages, la morosité de la situation s’explique par la cherté de la vie, la situation d’insécurité dans la région de la Boucle du Mouhoun, mais aussi la paupérisation des populations. Pour la vendeuse de condiments, les attaques perpétrées par des groupes armés ont contraint des populations à fuir de chez elles, abandonnant leurs biens, pour se réfugier à Dédougou. Ces personnes déplacées qui manquent du minimum vital, selon ses dires, ne peuvent pas avoir l’esprit à la fête.

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Pas de souffle nouveau à la cave Zerbo de Dédougou en ces temps de fêtes de fin d’année

« Il y a la pauvreté partout. Il n’y a pas la paix. Est-ce qu’on peut avoir l’argent pour venir se tresser ? Y a des gens qui cherchent à manger, ils ne gagnent pas n’en parlons pas de venir se tresser », a enchainé Clarisse Coulibaly. Cette coiffeuse a expliqué que l’insécurité est énormément pour quelque chose dans sa mauvaise situation. « Les années antérieures, je pouvais rentrer à minuit, souvent à 2 heures du matin pour revenir à 4 heures ou 5 heures. Mais, cette année, à partir de 23 heures, je ferme même s’il y a des clientes pour revenir à 7 heures de peur de me faire agresser », a précisé Madame Coulibaly.
Les mêmes raisons sont évoquées pour justifier le manque de performance financière au niveau de la cave Zerbo et la difficulté d’écouler la volaille.

Yacouba SAMA

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