Bastonnade d’enseignants par des masques à Konan dans la Boucle du Mouhoun : Des victimes réagissent à notre publication et apportent des rectifications

Publié le lundi 13 mai 2024 à 16h07min

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Bastonnade d’enseignants par des masques à Konan dans la Boucle du Mouhoun : Des victimes réagissent à notre publication et apportent des rectifications

Suite à notre article intitulé « Boucle du Mouhoun/Commune de Kona : Des masques bastonnent des enseignants, les salles de classe fermées » mis en ligne le 3 mai 2024, nous avons reçu des réactions d’acteurs de l’éducation de la localité de Kona qui souhaitaient apporter des éclairages, estimant que certains détails de l’article n’étaient pas exacts. Des enseignants ont bien été agressés par des masques, assurent-ils, mais pas ceux du primaire. Les masques s’en sont pris à des enseignants du secondaire, selon eux, parmi lesquels le directeur du CEG de Kona.

Notre parution du dimanche 3 mai 2024, sous le titre, « Boucle du Mouhoun/Commune de Kona : Des masques bastonnent des enseignants, les salles de classe fermées », a fait réagir certains acteurs qui disent avoir été victimes de l’incident. Ces derniers ont donné de la voix dans l’optique de « rectifier des informations » que nous avions recueillies auprès d’autres sources locales dans le cadre de ladite parution.

Nous rapportions que c’est un directeur d’école primaire qui a été molesté chez lui à domicile par les masques, le mercredi 1er mai 2024. Il s’agit plutôt du directeur du CEG de Konan qui a été la cible des mauvais traitements, selon nos interlocuteurs. La raison était que cet éducateur s’est opposé aux villageois qui ne voulaient pas que leurs enfants soient encadrés par le directeur en question, chez lui et pendant les nuits. Cette justification est balayée du revers de la main par le directeur du CEG. Pour lui, l’encadrement des élèves pendant les nuits à son domicile est voulu par les bénéficiaires eux-mêmes et ne saurait expliquer ce qui s’est passé. « C’est un alibi sinon la raison ce n’est pas ça. La raison, c’est l’anarchie qui règne dans le village », a-t-il martelé à l’autre bout du fil ce dimanche 12 mai 2024. Il a poursuivi que c’est sa volonté affichée de contribuer à la cessation de cette anarchie dans la localité qui lui vaut la détestation.

Lire aussi : Boucle du Mouhoun/Commune de Konan : Des masques bastonnent des enseignants, les salles de classe fermées

Le directeur a relaté qu’avant l’incident du 1er mai, il a été la cible d’une première tentative d’agression au fouet à son domicile par des masques. Ayant menacé de convoquer ses agresseurs s’ils persistaient, au cours d’une rencontre entre acteurs locaux sur la situation, ils sont revenus et « ont tenté de me tuer. Ils ne sont pas venus avec l’intention de me frapper et repartir car cette fois-ci les masques sont venus armés de gourdins et sans suiveur comme la première fois », a confié la victime. « On ne peut pas être dans l’anarchie quand même. Tu es chez toi et on vient pour te frapper sans que tu saches pourquoi. Si la personne vient à visage découvert, tu sais ce qu’il te reproche. Mais sous le couvert des coutumes, c’est de la lâcheté », a-t-il dénoncé. Le premier responsable du CEG de Kona a ajouté qu’en plus de lui, « l’agent social de la mairie de Kona et ses collègues du lycée ont été aussi agressés à leurs domiciles par les masques ». A l’en croire, la fermeture des salles de classe a touché uniquement le collège et le lycée.

Nous écrivions également qu’un professeur pratiquant de karaté avait pris position de combat suite à une agression dans la rue par des masques. Une voix anonyme au service des ressources humaines de la direction régionale en charge des enseignements préscolaire et primaire de la Boucle du Mouhoun a fait remarquer qu’il n’existe pas à Kona un enseignant qui pratique le karaté. « C’est un professeur d’allemand. Il est allé mettre de l’essence et rentrait chez lui puis sur la route, ils l’ont fouetté. Quand il est rentré, les masques sont revenus le frapper chez lui », précise ce dernier qui souligne que l’infortuné n’a pas opposé de résistance aux masques. Il a conclu en regrettant ceci : « Les masques cette année là, c’est comme s’ils sont sortis pour les fonctionnaires hein ».

Yacouba SAMA
Lefaso.net
Photo d’illustration

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Le directeur du CEG de Kona a adressé le rapport ci-dessous au directeur provincial des enseignements post-primaires et secondaires dans lequel il détaille les faits.

« A MONSIEUR LE DIRECTEUR PROVINCIAL
DES ENSEIGNEMENTS POST-PRIMAIRES ET SECONDAIRES
AGRESSION DU DIRECTEUR DU CEG DE KONA A DOMICILE

Chaque année, dans le village de Kona, est célébrée la traditionnelle semaine des masques à l’approche de l’hivernage. Cette année, comme à l’accoutumée, la traditionnelle célébration débuta le 25 avril 2024 dans ladite localité. Le vendredi 26 avril, aux environs de 19h01 minute, lorsque j’étais assis sous mon hangar dans la pénombre, ma porte reçue deux coups violents de la part d’un masque muni de long fouet, mais refusa de céder. Passant par une porte de fortune, le masque se pencha pour tenter de me frapper depuis la petite portion de mon domicile qu’il a eu à conquérir. J’interpellai l’accompagnateur qu’il venait de commettre une infraction punie par la loi.

S’il était venu pour demander comme les autres l’ont fait quand il faisait encore jour, il n’y a pas de problème. Mais venir dans le noir pour me fouetter chez moi à domicile, cela est inadmissible. Le suiveur du masque étant identifié, quelques responsables vinrent me présenter leurs sincères excuses et me demandèrent afin que l’affaire soit close. Démarche à laquelle j’acceptai pour une bonne cohésion sociale. Au même moment, des collègues du lycée et l’agent social de la mairie furent violentés à domicile.

De ce fait monsieur le Préfet du Département de Kona, Président de la Délégation Spéciale, convoqua une rencontre le mardi 30 avril afin d’interpeller les responsables sur les dérives constatées dans son ressort territorial. Auparavant, soit le lundi 29 avril, le lycée et le CEG suspendirent les activités pédagogiques jusqu’à la fin de la célébration, au regard des menaces qui pesaient sur les élèves et fonctionnaires. Il faut rappeler que les élèves sont menacés chaque matin sur le chemin de l’école et la même chose le soir à leur retour. Et cela ne date pas d’aujourd’hui.

A l’issue de la rencontre du 30 avril 2024, les responsables promirent de transmettre fidèlement le message de Monsieur le Préfet du Département de Kona, Président de la Délégation Spéciale, aux masques. Cela donna une satisfaction à tous qui espéraient que les recommandations seront suivies et que personne ne devrait être inquiété par les masques, surtout à domicile.

Malheureusement le jeudi 1er mai, aux environs de 19h10 minutes, après avoir reçu la visite d’un premier masque bien saoulé qui tenait à peine sur ses deux pieds et qui était reparti il y a environ cinq (5) minutes, un autre arriva bien robuste de par la forme du masque et commença à me jeter un gourdin depuis le mur, sans atteindre la porte de la cour. Sans attendre, je m’empressai de m’enfuir dans la maison, mon portable me retarda au point qu’il arriva à m’empêcher de mettre le crochet.

Je ne sus à quel moment un deuxième vint lui prêter main forte pour tirer la porte contre moi seul car je ne pouvais pas tirer la porte seul et arranger le crochet qui était bloqué contre ces deux masques bien robustes. Je lâchai la porte et je m’enfuis dans la chambre, mon dernier refuge. Ils me poursuivent jusqu’à mon dernier rempart qui était ma chambre et continuèrent à me rouer de coups. Je poussai des cris de détresse mais mes bourreaux semblaient déterminés à en finir avec ma vie.

Las d’attendre un secours incertain, je forçai les deux masques avec le peu de force qui me restait pour me frayer un chemin pour me retrouver au grand dehors. Ils me poursuivirent jusque chez le voisin ou je trouvai une porte bien barricadée. Dans ma tentative de trouver un moyen de défense, ces derniers me rattrapèrent et continuèrent leur sale besogne. Je pus me sauver à nouveau et c’est ainsi que j’entendis un cri du voisinage qui les dissuada et mes bourreaux disparurent dans la nature.

Monsieur le Directeur Provincial, je vous fais l’économie du temps en vous épargnant le calvaire que vit la population durant cette célébration.

Au regard de la situation décrite plus haut, Monsieur le Directeur Provincial, je suis en insécurité pour travailler dans ce village d’anarchie d’une époque moyenâgeuse tant que toute la lumière n’est pas faite sur cette violation de domicile, coups et blessures volontaires prémédités et tentative de meurtre. Aussi sans connaître les motivations réelles des agresseurs sous le couvert des masques et au regard de la situation nationale ou le terrorisme a accentué la violence dans le pays, je suis dans une psychose sans précèdent me rendant incapable de travailler.

Tout en espérant que la situation des masques soit prise au sérieux par les autorités compétentes, je vous souhaite bonne réception.
Vive le Burkina Faso
Puisse le sacrifice de tout un chacun ne soit pas vain pour la survie de notre chère patrie ».

Kona, le 03 avril 2024

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