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Historique du peuplement de Douroula : Les Marka sont considérés comme les autochtones

dimanche 20 mai 2018

C’est en 1996 que le village de Douroula a été érigé en département puis en commune rurale depuis les élections du 23 avril 2006. La commune comprend douze villages (Bladi, Douroula, Kankono, Kassakongo, Kérébé, Kirikongo, Koussiri, Noraotenga, Sâ, Souma, Tora et Toroba). Ce village est traversé par la route nationale N°10, principale voie de communication reliant la commune à la ville de Ouahigouya au nord et à celle de Bobo-Dioulasso au sud, en passant par Dédougou.

Historique du peuplement de Douroula : Les Marka sont considérés comme les autochtones

Le chef-lieu de cette commune, Douroula, est situé à 23 km de Dédougou (chef-lieu de la province du Mouhoun et chef-lieu de la région de la Boucle du Mouhoun) et à 270 km environ à l’ouest de Ouagadougou. Rappelons que cette localité est située au nord-est de la province du Mouhoun et s’étend sur 460 km² représentant 6,52% de la superficie de la province.

Elle est limitée à l’ouest, sur toute son étendue, et au sud par la commune de Dédougou ; au sud par celle de Safané, sur une petite étendue, au sud-est par la commune rurale de Tchériba. Le plus important fleuve du Burkina Faso, le Mouhoun, est sa limite naturelle à l’est et au nord, séparant la commune de Douroula de deux autres communes de la province du Nayala. Ce sont entre autres Yé à l’est et Gassan au nord. Dans l’ensemble, son relief est plat mais parsemé de petites collines d’altitudes variant entre 340m et 458m.

Le Pic de Konkoliko, culminant à 621m d’altitude, est le plus haut sommet de la région. Nous avons fait un tour dans cette commune, dans le cadre d’une activité dénommée « Tableau d’honneur » initiée par Aboubacar Koté, ex-ambassadeur du Burkina au Koweït. Selon notre source bien introduite du peuplement de Douroula, « l’ethnie dafing ou marka considérée comme autochtone, se serait installée dans la commune au XVIe siècle, arrivant du Mali (région de Mandé-Kourouma) suite aux effondrements successifs des empires manding et songhaï. La toponymie et la bibliographie ont pu nous donner des indications sur la chronologie de la création des différents villages de la commune. Kérébé serait l’un des villages les plus anciens. Il signifie « là où s’organise la guerre ». Ikié Zina, héros marka des origines, aurait fait de Kérébé le quartier général des armées.

Par la suite, les habitants de Kérébé auraient fondé la plupart des villages du nord du département. C’est le cas de Tora qui signifie guetter, ancien poste avancé, Souma « se mesurer » qui correspond à un lieu d’entraînement, « Sa », qui veut dire : « la guerre aura lieu ». La mosquée de Kérébé est considérée comme un lieu saint. En effet, elle aurait été indiquée par Dieu et l’eau utilisée pour la construire aurait servi à laver des planches gravées de l’ensemble des sourates du Saint Coran. Kankono, se trouvant au Sud de la commune et dont la signification du nom est révélatrice, « nous sommes les plus vieux », serait le plus anciennement fondé. Kankono aurait à son tour fondé les villages de Bladi « nous les avons installés en ce lieu » et de Kassakongo « le lieu où pousse l’herbe Kassa ».

Douroula est le plus récent village marka. Pour certains, les premiers arrivants, originaires de la région de Tougan nommés Pakouo, Kouzon et Bakouo, auraient été autorisés à s’installer là par les villageois. Par contre pour d’autres, Pamba Soaré serait le fondateur historique. Il s’est en tout cas avéré que ce dernier associa sa conquête du pouvoir sur la région (guerre contre Koussiri et les autres villages marka de la région excepté Sa) à la conversion des populations à l’Islam. C’est ainsi que le plus récent des villages marka devint le plus puissant et que toute la région devint une zone fortement islamisée. Il est à souligner que le village de Tora, bien qu’à l’origine étant marka, refusa la domination de Douroula et son vecteur, la foi islamique. Cela explique aujourd’hui encore la volonté de Tora de s’affirmer comme étant un village strictement bwa, par refus de l’islam.

Les colons français occupèrent la zone dès 1897 (fondation du cercle de Koury, transféré à Dédougou en 1912) et l’intégrèrent à la colonie du Haut Sénégal-Niger (puis colonie de Haute Volta). La révolte bwa de 1915-1916 (guerre de Bona) faisant suite aux levées d’hommes pour compléter les troupes françaises en guerre contre l’Allemagne, fut réprimée durement mais eut moins de conséquences dans la région de Douroula que plus au Sud dans la région de Safané.

La présence française a duré jusqu’en 1958, date de la proclamation de la République de Haute Volta. D’abord dénommé canton de Douroula, la zone fut érigée en département en octobre 1996 et le premier préfet s’y installa en décembre 1997.
La commune aura vu avant cela, la création de nouveaux quartiers et villages fondés par des Mossé. Les premiers migrants s’installèrent dès la fin des années 60-70 et amplifièrent cette implantation (création de Noraotenga et de Kirikongo sur les ruines d’un ancien village marka abandonné, etc.).

La population de la commune de Douroula, avec un taux d’accroissement annuel de 1,87%, est passée de 8 545 habitants en 1985 à 10 543 en 1996 ; en 2006 la commune comptait 13418 habitants avec un taux d’accroissement de 2,02%. En considérant que ce taux n’a pas beaucoup changé, la population de Douroula a atteint au moins 15434 habitants en 2013. Dans la commune rurale de Douroula, on rencontre quatre grands groupes ethniques que sont les Marka, les Bwa, les Mossi et les Peulhs.

Les Marka ou Dafing

Les Marka constituent l’ethnie autochtone et majoritaire. Ils parlent un dialecte mandingue : le Marka. De façon traditionnelle, cette population est divisée en deux sous- groupes que sont les nobles ou « sang pur » et les non-nobles parmi lesquels on compte les griots et les forgerons : les griots travaillaient seulement le cuir mais pas la terre. Ils étaient attachés autrefois à des familles nobles auxquelles ils contaient leurs histoires et les mérites en échange de leur nourriture. De nos jours on les rencontre dans les cérémonies, vantant les organisateurs et les riches invités. Les forgerons, à l’origine, se limitaient à la forge dans la fabrication d’outils qu’ils échangeaient contre des vivres. Ils jouaient aussi le rôle de médiateurs privilégiés dans les conflits.

Notons que les mariages inter-castes sont interdits. On comptait aussi une autre caste : celle des esclaves qui travaillaient la terre pour leurs maîtres. Cette division est en désuétude avec l’abandon du système d’esclavage. L’habitat dafing est de type groupé avec des concessions généralement de petites tailles.

Les Mossi ou Mossé

Arrivés par vagues successives depuis plus de 30 ans, les Mossé ont créé soit de nouveaux villages (Kirikongo et Noraotenga) soit de nouveaux quartiers à proximité des villages marka ou bwa. La plupart des Mossé de la commune sont originaires des provinces du Passoré ou du Yatenga. Le flux migratoire bien que réduit, demeure important. Il est lié à la détérioration des terres agricoles et des conditions climatiques des zones d’origine. Dans certains villages marka, les Mossé sont majoritaires notamment Koussiri et Kassakongo. Leur installation bien que cantonné dans les zones moins propices aux activités agricoles, n’a pas posé de problème. Toutefois, dans quatre villages (Kankono, Sâ, Kérébé et Douroula) les mossi ne s’y sont pas installés sous peine de mourir dans les années qui suivent cette coutume est encore très vivace.

Globalement, la coexistence entre les mossis et les autres ethnies est pacifique dans la commune. Les mossis s’intègrent facilement dans les villages apprennent les langues locales tout en conservant leurs propres coutumes, leurs modes d’organisation et de fonctionnement. L’activité principale des mossis est le travail de la terre, mais ils constituent dans la zone un pôle commercial. En effet de nombreux habitants de Kirikongo et Noraotenga tiennent des petits commerces itinérants (tabliers, boulangers, mécaniciens, etc.).

Les Peulhs

Les Peulhs, autrefois nomades, se sont installés depuis plus de quatre générations. D’autres familles les ont rejoints peu à peu, mais en nombre limité. Leur principale activité demeure l’élevage. Ils sont soit propriétaires ou bergers. Toutefois, ils s’adonnent de plus en plus à des activités agricoles et se sédentarisent. Les peulhs sont attirés dans la région par le fleuve et les pâturages.

Ils se sont installés dans des campements situés à la sortie des villages, dans les zones les moins cultivées. Ils participent en général aux activités menées dans les villages. Plusieurs conflits ont opposé les peulhs éleveurs et les agriculteurs. En effet, les peulhs sont accusés d’être à l’origine de la plupart des feux de brousse et des dégâts champêtres. Cependant, ces conflits ne dégénèrent que très rarement et les peulhs sont souvent sollicités pour les investissements collectifs dans les villages. Ils vivent en bon voisinage. En dépit de quelques conflits qui ont été bien gérés ils vivent en parfaite harmonie avec les autres ethnies. Les Bwa sont essentiellement à Tora et quelques familles à Douroula. Ils parlent le bwamu, une langue mandingue proche du dioula.

En plus de ces ethnies, on note la présence de gourounsi essentiellement dans les villages de Toroba et de Kirikongo. Le diagnostic du département de Douroula de 1998 nous donne une idée de la répartition ethnique de la population. Ainsi les Marka représentent 74%, les Baba 3%, les peuls 5% et les mossi 18%. Les principales religions sont l’Islam, le christianisme et l’animisme. La population est en majorité musulmane. On dénombre au total 13 mosquées dans la commune. Tous les villages en possèdent sauf Tora. Les imams sont des personnages relativement influents et l’alphabétisation en arabe est souvent bien perçue. Les enfants sont envoyés auprès des lecteurs pour apprendre le coran. Ceci peut en partie expliquer la faiblesse des effectifs dans les écoles publiques.

La mosquée de Kérébé reste une attraction touristique. Le contexte culturel demeure l’animisme. On estime que 20 % de la population se réclame purement animiste. Cette appartenance s’exprime lors de la cérémonie des masques. Ces derniers sont présents à Kankono. À Tora et à Kirikongo, on rencontre les autres grandes religions monothéistes (catholiques et protestantes). Dans la société traditionnelle de Douroula, les femmes et les jeunes n’ont pas voix de chapitre. C’est le chef de lignage ou de famille qui décide et seul, son avis à force de loi.

Dans le mode de gestion du foncier, les femmes accèdent à la terre sur demande faite par l’intermédiaire de leur mari. Cette demande peut être adressée au chef de quartier ou au chef du village. Le mariage par consentement mutuel : il est la forme traditionnelle la plus rependue. Le mariage n’est scellé que lorsque le chef de famille du futur conjoint entreprend les démarches nécessaires auprès de son homologue. Lorsque l’accord est consenti, le futur marié doit offrir des cadeaux lors des événements sociaux et / ou cultiver de temps à autre dans le champ du beau-père. Le mariage forcé est parfois rencontré dans les communautés mossi qui se sont installées à Douroula.

On rencontre dans le milieu mossi des cas de femmes dites sorcières et victimes de bannissement. Nous notons le cas d’abandon des familles. Il s’agit des chefs de ménage qui vont à l’aventure et laissent leur famille sans ressources pour se prendre en charge. Ces familles sont laissées à elle mêmes. Au décès du conjoint l’héritage devant revenir à la veuve est retiré par les frères du défunt et celle-ci se retrouve dépourvue de ressources nécessaires pour s’occuper de sa famille.

La migration des enfants est courante et demeure une porte ouverte pour la traite des enfants. Les enfants migrants sont interceptés par des trafiquants qui les rencontrent et leur proposent de placer les garçons dans des sites aurifères ou les champs de coton et les filles dans les ménages comme domestiques d’autre encore confronté à l’exode rural.

Dans les villages Marka, le chef est le garant de la coutume et doit prendre des décisions conformes à la tradition. Il rend la justice suivant les règles de la coutume. En général, il s’agit du membre le plus âgé du lignage fondateur du village. Un conseil de notables formé des responsables des différents quartiers et des autorités religieuses assiste le chef.

Contrairement à d’autres sociétés plus rigides, le chef quoique très respectable et respecté, est contestable en public. Ses décisions doivent donc être consensuelles, sous peine de voir l’unité du village remise en cause. Il faut noter que la seconde personnalité qui est très considérée est le chef de terre. Coutumièrement responsable de la répartition et de l’utilisation des terres, il appartient souvent à la famille du chef. C’est sur la base de ses connaissances et de sa sagesse que l’imam est désigné par ses paires. Il est un personnage influent au niveau du village. Cela se traduit par sa présence fréquente au sein du conseil assistant le chef dans ses prises de décisions.

Toujours sous une considération religieuse, il est à noter que les masques représentent des génies et appartiennent à la famille qui les a trouvés. C’est ainsi que le village de Kankono est le seul village par excellence des masques. Le chef des masques qui est le doyen du lignage jouit d’une influence tout aussi importante que l’imam.

Dans les villages mossis, le chef du village est le doyen de la première famille arrivée. Il assume les mêmes fonctions, mais de façon bien plus directive, le conseil qui l’assiste ayant moins de poids. Ils sont entièrement dépendants des villages Marka qui leur ont accordé la terre, ce qui fait qu’on ne trouve pas dans l’entourage du chef mossi, un chef de terre d’autant plus qu’ils sont migrants. Les sociétés mossis sont décrites comme pyramidales, chaque échelon de décision ne pouvant être remis en cause par l’échelon inférieur.

Cependant, l’influence marka, le fait que les origines des habitants d’un même village soient très diverses et enfin le fait qu’ils aient trouvé en arrivant une série de structures en place les poussent à adopter une certaine souplesse. Bien que l’essentiel des centres de décision soient groupés dans la famille du chef, le pouvoir traditionnel ordinairement lié à la terre des ancêtres, est de plus en plus souvent contesté du fait de ce déracinement.

C’est ainsi que les notables modernes acquièrent une importance de plus en plus flagrante, ce qui est parfois source de conflits. Par exemple, à Kirikongo, l’ensemble de ces facteurs a conduit à une grave division du village, à tel point qu’il y a aujourd’hui deux délégués administratifs.

Le cas particulier des peuls. Ils ne prennent aucune part aux décisions villageoises. Ils fonctionnent par famille, sans réelle hiérarchie dans le campement, étant donné l’origine variée des occupants. C’est le chef de famille qui demeure l’autorité essentielle.

Dans les villages mixtes. Dans les villages marka qui comprennent des quartiers mossis, ces derniers sont en général exclus des centres de décision traditionnels. De la même façon, les infrastructures communautaires sont rarement présentes dans les quartiers mossis. Toutefois il faut noter que depuis quelques années des efforts sont menés en direction d’un partage des pouvoirs et des responsabilités.

En général, le quartier correspond à la zone d’installation d’un lignage. Chaque quartier dispose d’un chef. Autrefois, c’était systématiquement le doyen du lignage fondateur qui occupait ce poste. De nos jours il s’agit, de plus en plus d’un membre influent sans lien systématique avec la famille fondatrice. La même organisation villageoise se retrouve au niveau du quartier.

Plusieurs ménages d’une même famille se regroupent pour former la concession. Le nombre de ménages peut varier de 1 à 3 chez les Marka et beaucoup plus chez les Mossis. Chaque ménage ou même chaque individu peut disposer d’un champ. Cependant de plus en plus, on rencontre des concessions n’abritant qu’un seul ménage, les enfants quittant la concession pour en fonder une autre après leur mariage.

David Demaison NEBIE
Lefaso.net
Source : (Plan communal de développement)

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